Bernard Dumont, plus connu sous le pseudonyme de Bédu, est né à Ciney en Belgique, le 11 avril 1948.

Contrairement à la plupart de ses confrères auteurs de bande dessinée, il n'est pas sorti de la section BD d'une Académie des Beaux-Arts : lui, il est issu de la fac de Sciences économiques de la très prestigieuse Université de Louvain ! Il y a obtenu une licence en présentant un mémoire sur un sujet pour le moins pointu : " La formation des prix en système socialiste soviétique " !

mais qui est-il ? belgique

Si, parallèlement, il dessine, c'est comme ça, pour le plaisir. Parce que la bande dessinée le passionne depuis son plus jeune âge. Toutefois, il n'a jamais imaginé en faire sa profession. D'autant que, tout au long de son enfance, ses parents n'ont pas cessé de lui répéter qu'acheter et lire des magazines ou des albums de BD, c'était de l'argent jeté et du temps perdu. Sans le convaincre véritablement.

Les debuts '

Cette période d'interdits - et de frustrations - il va la garder enfouie au tréfonds de sa mémoire avec comme un secret espoir de revanche. Celle-ci paraît avoir finalement trouvé son heure lorsqu'à la fin de ses études, il croise la route de Jean-Pol ( Van den Broeck ), jeune illustrateur flamand et collaborateur occasionnel de Kuifje, la version néerlandophone du journal de Tintin. Tous deux sympathisent et partagent leurs centres d'intérêt. Sans la moindre arrière-pensée, Bédu commence à lui parler de son amour pour le 9ème Art. Il se hasarde même à lui montrer quelques essais de planches de son cru. Séduit par son style et comprenant qu'il a, sans le dire, véritablement très envie d'exercer le métier de dessinateur de BD, Jean-Pol conseille à son interlocuteur de se perfectionner auprès d'un vrai professionnel. Il se trouve qu'il en connaît un et que celui-ci est justement à la recherche d'un assitant…

C'est ainsi qu'en 1972, presque naturellement, Bédu intègre l'atelier de Berck, co-auteur notamment de Strapontin avec René Goscinny, de Rataplan avec Yves Duval et de Sammy avec Raoul Cauvin.

 

Aussi bon élève à la table à dessin que sur les bancs de l'Université, Bédu passe ainsi quatre années très formatrices dans l'ombre de son mentor : " Ce travail consistait, se rappelle-t-il, à faire des crayonnés, de l'encrage de diverses séries publiées à l'époque dans des magazines allemands, hollandais et belges." Mais, pressé de publier mes propres oeuvres et de passer professionnel, je proposais des idées de séries, par-ci, par-là. En vain ! J'ai fini par trouver des yeux bienveillants et des oreilles attentives auprès d'Henry Desclez, tout nouvellement nommé rédacteur en chef aux Editons du Lombard. "

le p'tit prof

En décembre 1975, débute ainsi sa première série, Beany, le raton laveur. En juillet 1978, avec Christian Blareau, il crée Le P'tit Prof. " La rédaction m'ayant commandé trois planches humoristiques sur le tennis, l'idée m'est venue d'un professeur qui exploiterait et expliquerait les divers thèmes traités dans le journal. N'ayant connu aucun enseignant aussi drôle, je concrétisais un vieux rêve. " En mars 1980, avec le même scénariste, il revisite avec humour l'Orient des mille et une nuits et lance Ali Béber sur les traces du facétieux génie Kif-Kif : "De l'envie de réaliser une série à suite est née le personnage d'Ali Béber dont le thème semblait offrir les possibilités d'aventures fantastiques. N'y trouvant pas, en fin de compte, le plaisir que j'espérais, j'ai décidé de les arrêter. Pour le P'tit Prof, c'était la fatigue ( beaucoup de planches réalisées dans l'urgence et inutilisables en album ), nous raconte Bédu".

En août 1981, il donne vie à un espiègle petit saltimbanque accompagné d'un gros ours, qui l'entraîne sur les routes des manoirs et des cathédrales du Moyen-âge: " J'ai créé Hugo parce que j'avais envie de réaliser à la fois l'écriture et les dessins. Comme j'aime beaucoup l'époque moyenâgeuse du XIIe siècle, les légendes et l'épopée fantastique, le chemin était tracé. Malheureusement, pour ce genre de thème, je n'étais pas chez le bon éditeur. Les Editions Dupuis auraient sans doute été plus appropriées."

Petit à petit, Bédu prouve ainsi qu'il est capable de passer d'un genre à l'autre, avec le même talent.

En décembre 1983, lorsque le sujet de la reprise de Clifton fait surface, suite a l'abandon de la série par le dessinateur Turk, Jean-Luc Vernal, alors rédacteur en chef du journal Tintin, pense spontanément à Bédu qui accepte de relever le défi. Durant pratiquement dix ans, Il réalisera sept albums. Les quatre premiers scénarisés par Bob de Groot et les trois derniers en tant qu'auteur complet ( scénariste et dessinateur ), expérience qui lui vaudra le Prix du Scénario décerné pour Le Clan Mc Gregor par le festival BD de Coxyde. Malgré un succès et une réussite indéniable, il décide de mettre fin à sa collaboration, suite à un différend avec l'éditeur... ".

D'autant qu'entre-temps,  Bédu avait pointé son nez aux éditions Dupuis: "C'est un éditeur qui me tentait depuis longtemps, nous confie l'auteur, parce que sa politique de travail semblait mieux correspondre à mon tempérament et mon style de dessin. Et depuis plus de 20 ans que j'y travaille, j'avoue que je ne me suis pas trompé : on s'y sent comme chez soi."

C'est Philippe Vandooren, le directeur d'édition de l'époque qui a provoqué la rencontre entre Raoul Cauvin et Bédu qui donnera lieu à la série Les Psy : "Comme on dit, le courant est rapidement passé entre nous. C'est Raoul qui a eu l'idée de faire une série sur les Psy et tout s'est enchaîné très naturellement. Et ce sont vingt années d'une collaboration sans problèmes et qui se poursuivent avec beaucoup de plaisir. Comme les Psy marchent bien à tous niveaux, je n'envisage actuellement rien d'autre car cette série occupe la majeure partie de mon temps."

Les premiers personnages
Un renouveau

Sources : Dossier Intégrale Clifton tome 4 et propos recueillis en 2001.

Extrait de Beany Le Raton - Journal de Tintin numéro 118